Ecoles de Marseille: la solution des négligents

Par Sibylle Vincendon

En choisissant les partenariat public privé pour construire ou rénover ses établissements, Marseille prend l’option la plus chère et la plus risquée pour réparer ses années d’imprévoyance.

Quelle misère… Là où la moindre bourgade de France fournit à ses élèves des locaux scolaires corrects et entretenus, le minimum municipal en somme, la deuxième ville de France s’est réveillée un beau matin en découvrant que ses écoles étaient en ruine. Evidemment, quand on n’a aucun plan de maintenance scolaire, ni de construction neuve ou de remplacement des bâtiment métalliques du baby boom, l’état des lieux ne peut être que celui que Libération a décrit en janvier 2016: un désastre. La révélation a bien énervé le maire Jean-Claude Gaudin.

De là à recourir au partenariat public-privé…  De quoi s’agit-il? De faire payer la construction et l’entretien d’un bâtiment à une entreprise du bâtiment qui reçoit, pendant 25 à 30 ans, un loyer de la part du commanditaire. Aux yeux de ses adeptes, l’énorme avantage du PPP, c’est qu’il permet de s’offrir un édifice neuf sans bourse délier. Miracle.  Sauf que non. Le PPP, c’est de la dette reportée à plus tard, et au prix fort. La Cour des comptes a vigoureusement dénoncé cette chimère du bâtiment gratuit, épinglant au passage le Stade Vélodrome de Marseille. Et depuis que l’Europe réintégre le montant des PPP dans le calcul du déficit public, l’Etat s’est calme sur le procédé, même si entre-temps, le ministère des Armées et le Tribunal de Paris auront été financés comme ça.

Certes, en matière scolaire, il existe un précédent de recours au PPP. Depuis 2010, le département de Seine-Saint-Denis a construit 18 collèges selon ce procédé pour faire face en urgence à la croissance démographique. Mais la collectivité a revu le système de fond en comble et posé des garde-fous: apport maximum d’argent public au financement, des équipes de suivi de haut niveau, un foncier qui reste propriété du département, un cahier des charges exigeant. Bref du travail. Au vu de l’état des écoles de Marseille, on peut se demander si la municipalité présente les qualités requises.

Sibylle Vincendon

By | 2018-06-27T13:32:03+00:00 22 juin 2018|Libération, Presse|