« Tout le monde peut se tromper, Jean-Claude Gaudin doit renoncer au PPP » sur les écoles marseillaises

« Tout le monde peut se tromper, Jean-Claude Gaudin doit renoncer au PPP » sur les écoles marselilaises
Écrit par  Catherine Walgenwitz pour La Marseillaise, samedi 28 avril 2018 17:45

Entretien avec Patrick Verbauwen, président du syndicat des architectes des Bouches-du-Rhône.

Avec le soutien de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), du Syndicat national des entreprises du second œuvre (SNSO), des Conseils national et régional de l’ordre des architectes (Croa), le syndicat des architectes des Bouches-du-Rhône a déposé le 11 avril, une requête auprès du tribunal administratif de Marseille, pour demander à la Ville de Marseille de renoncer au marché de partenariat publique privé (PPP) pour la rénovation et construction de 34 écoles marseillaises.

Après avoir adressé un recours gracieux auprès de la Ville de Marseille, resté sans réponse, pour quelles raisons avez-vous décidé de repartir au combat ?
L’ordre des architectes avait déjà déposé le 13 décembre une requête auprès du tribunal administratif et du préfet pour faire annuler la décision marseillaise. La démarche coïncidait avec celle de trois contribuables marseillais. En ce qui nous concerne, nous avions formulé une demande d’abandon au maire, en expliquant que tout le monde pouvait se tromper et que nous ne lui en voulions pas. On a attendu sa réponse, qui a été tacitement rejetée, donc nous avons a déposé le 13 avril une requête au tribunal administratif de Marseille. Puis, nous avons adressé au nom du collectif une demande d’audience.

Vendredi dernier, nous apprenions qu’un appel à candidatures avait été lancé pour un partenariat public privé (PPP), pour un projet dénommé « Plan école d’avenir ». Ce qui veut dire « circulez, il n’y a rien à voir ». Un dialogue compétitif va se restreindre autour de 3 ou 4 candidats, d’ici au 15 juin. Comme aucune requête n’est suspensive, pour la Ville il n’y a pas l’ombre d’un problème. Elle ignore la force de notre mouvement qui dépasse toutes les frontières, tous les clivages. Citoyens, usagers, parents d’élèves, enseignants, tout un corps de gens du bâtiment ont vu que la ficelle était un peu trop grosse. Le PPP n’est pas un épiphénomène. Il va coûter très cher à la collectivité. Les enfants qui iront dans ces écoles le paieront pendant 20 ans.

Nous avions découvert avec la Capeb que ce mode de financement aura des impacts sur la formation, puisque 60% des artisans du bâtiment conduisent la formation en alternance des jeunes compagnons. Pour construire des écoles, on va démanteler des réseaux d’apprentissage.

 

Ce plan à 1 milliard pour les écoles est presque passé inaperçu. Est-ce surprenant ?
Je ne vais pas faire un cours de psychanalyse. Mais j’aurai quand même tendance à dire, certes le PPP a un coût, mais le coup de ne rien dire, est assez édifiant. En tant que groupement d’acteurs du bâtiment, il était important de faire appel à la justice. Maintenant, c’est au magistrat de prendre connaissance de tout le poids de ce dossier. Un poids financier. C’est tout simplement un passif pour lequel les chantres de Bercy, des élus, sont favorables. La plupart des gens qui sont un peu raisonnables, y compris la Cour des comptes européenne conseille à ses états membres d’abandonner cette procédure, trop coûteuse.

Je ne voudrais pas offusquer Monsieur le maire mais les PPP me font penser à une procédure de paresseux. Sans doute est-ce parce qu’on ne lui a pas présenté les choses de la bonne manière. La procédure n’a d’ailleurs pas été vraiment explicitée aux conseillers municipaux de l’opposition comme de la majorité. Il a fallu que quelques-uns dans l’opposition s’en saisissent pour comprendre ce qu’il se passait. On se cache souvent derrière le fait que le dossier est technique et compliqué. Ce qui permet d’entériner bien des choses. Ce n’est pas sérieux.

 

Vous indiquez dans votre requête que les élus sont souvent mal informés. Vous parlez d’erreur d’évaluation. N’est-ce pas exagéré ?
On a regardé ce que l’on a bien voulu nous montrer. Ce qu’on a reçu on l’a lu, on l’a vérifié. Et nous avons trouvé des choses assez invraisemblables. Comment peut-on introduire le facteur risque et le faire changer de camp ? Pour tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Ce n’est pas recevable. D’autant plus que lorsque l’on a demandé des explications au sujet de la faisabilité, nous n’avons pas été entendus.

 

Depuis que l’appel d’offres est paru, que pouvez-vous encore espérer ?
Nous n’avons plus que ça : espérer. Il parait qu’il faut laisser la justice faire son travail. J’espère que nous lui avons suffisamment donné d’éléments pour lui faciliter la compréhension des choses. Si elle a des questions à nous poser, j’espère qu’elle va en abuser. Nous avons espoir que cela aboutisse à quelque chose. A minima, à un redressement de la situation, car dans cette affaire, il y a un déni d’information. Compte tenu de notre expérience dans le bâtiment, nous sommes assez bien placés pour pouvoir l’affirmer.

 

De quelle manière selon vous le recours au PPP aurait-il pu être évité ?
On peut démontrer qu’une deuxième vie est possible. Un plan Marshall doit fonctionner pour tous les types d’école, y compris les non Pailleron qui présentent des anomalies. Il serait salutaire de réhabiliter, car il y a une stratégie d’attaque de désossage, de nettoyage de ces structures acier. Elles ont toutes été floquées, après les incidents de type Pailleron, ce qui d’ailleurs en partie les a protégées contre la corrosion.

Ces bâtiments, on peut même les rendre vertueux d’un point de vue énergétique. Là aussi je parlerai volontiers de paresse. Les grands groupes ont une logique. Sorte de rouleau compresseur avec une méthodologie plus affinée qui permet de répondre évidement dans une configuration neuve. Or ce que nous proposons, c’est le réemploi. On n’est plus dans la dépense à outrance de matériaux que l’on n’a pas. Faisons sobre. Oui, nous proposons au maire de passer par un plan Marshall de diagnostic, d’état des lieux de l’ensemble des 444 écoles de la ville. Il est possible que la grande majorité puisse avoir une seconde chance. Il me semble que c’est important de rappeler qu’une autre voie possible.

Réalisé par C.W.

By | 2018-05-31T12:32:27+00:00 28 avril 2018|La Marseillaise, Presse|